2013 – « La Roue » – Aimé Césaire

La Roue

La roue est la plus belle découverte de l’homme et la seule
Il y a le soleil qui tourne
Il y a la terre qui tourne
Il y a ton visage qui tourne sur l’essieu de ton cou quand tu pleures
Mais vous minutes n ‘enroulerez-vous pas sur la bobine à vivre le sang lapé
l’art de souffrir aiguisé comme des moignons d’arbre par les
couteaux de l’hiver
La biche saoule de ne pas boire
Qui me pose sur la margelle inattendue
Ton visage de goélette démâtée
Ton visage
Comme un village endormi au fond d’un lac
Et qui renaît au jour de l’herbe et de l’année germe

Aimé Césaire

Dans ce petit film, j’ai voulu précipiter le spectateur dans un univers mouvant, un absurde voyage semblable à celui fait par l’esprit lorsqu’il s’apprête à sombrer dans le sommeil. Il s’agit de faire glisser les images comme des réminiscences, de créer un univers où les formes se précisent pour ensuite se disloquer à peines saisies, se muant de façon folles pour ensuite subitement révéler une image étonnante inspirée du poème d’Aimé Césaire.

Il ne s’agit pas de coller au texte en déroulant des images l’illustrant de façon directe, mais plutôt qu’images et mots entrent en résonance en enrichissant mutuellement leurs deux univers. Cette approche me paraît être en cohérence avec l’esprit d’Aimé Césaire, qui avait réussi à exercer une grande liberté dans son usage de la langue. À la manière surréaliste, la narration n’aura donc pas une continuité de sens obéissant à la logique classique. Les images seront des symboles inspirés des motifs du poème, l’illustrant métaphoriquement en lui ajoutant une dimension supplémentaire.

Les transitions entre les scènes seront étudiées pour éviter les à-coups. J’aimerais réussir à créer une danse d’images fluide, quasi-hypnotique, d’autant plus que le poème s’appelle « La Roue ». Le motif circulaire reviendra de façon répété tout au long du film, sous différentes formes. Le film se plaît à dessiner des formes qui, à peines exaucées, s’échappent autant qu’elles échappent à la logique. Nous sommes dans un univers poétique et graphique, jouant à incarner l’invisible des mots en toute liberté.

Pour ajouter de la profondeur à l’image, j’aimerais ajouter une troisième dimension en composant une ambiance sonore légère qui accompagnera la voix du comédien.

 

Synopsis


Ce synopsis a été rédigé dans l’esprit du film, cherchant à induire par la lecture une sensation se rapprochant de celle que j’aimerais donner au spectateur.

Cercles sinueux, flous, puis nets, flash ! Survient une lumière aveuglante, blanche, mangeant toute l’image. — Roues tournantes, découpées sur fond aux couleurs changeantes, organiques, bougeant comme les rouages d’une grande machine. Soudain une structure géométrique ronde émerge, l’amalgame d’une planète coupée en deux et d’une orange, elle aussi coupée en deux, mise en scène de façon cosmologique. Vite disparue elle engendre une silhouette sombre d’animal, un faciès de bestiole indéfinissable entouré d’une ligne claire vibrante qui titille sa forme, animée, vivante, contraignant la masse jusqu’à ce qu’elle se délite en morceaux noirs charbon, morceaux de charbon qui tombent, tombent, chutent et saignent des flux colorés. Les flux se mêlent, s’arrangent, mutent, donnent naissance à une autre face impossible, flash ! Ombre, lumière, mise au point, dessin de femme qui file et se confond, non, c’est une photo qui double, redouble, se dédouble, émergence d’un personnage étrange s’épaississant pour s’épanouir, s’évanouir dans un maillage géographique. Puis subitement une biche, éclipsée dans une spirale aux traits mouvants, arbres, taches, cliché ancien de couple extra-lucide augmenté de sa mathématiques et ses dimensions. Épuration de l’image jusqu’à ne garder qu’une structure graphique abstraite. — Géométrie, géométrie qui bouge, se met à articuler de nouvelles formes pures qui s’incarnent peu à peu en architecture, jusqu’à se fondre dans un visage insaisissable aux traits animés de mouvements répétitifs, se disloquant progressivement. — Les traits tournent, architecture végétale, rainures de feuilles, tronc d’arbre coupé où on lit l’âge, renaissance, cycle de vie, roue.

Compétences: Bizarre / experimental, Court-métrage, SÉLECTION À VOIR