Photobiographie

C’est fou le nombre d’expressions différentes qu’il peut y avoir dans un regard. J’ai toujours du mal à réaliser ce qu’est la réalité de mon corps, et à me l’approprier. Finalement je trouve ça plus respectueux, il ne m’appartient pas, en fait… Photoportrait03

C’est pourquoi me prendre en photo est à chaque fois une découverte, découverte de l’image qu’a donné mon corps physique l’espace d’un instant fugitif, maintenant fixé platement sur une image. La découverte du mensonge de l’image, car le corps est tout sauf image, il est mouvement. Le narcissisme fugace lié aux postures accommodantes, maintenant disparues ; tout à coup voilà, je peux m’approprier quelque chose. Oui, soudain la microseconde emprisonnée dans cette image me représente, elle pose un arrêt solide sur un soi-disant moi-même. Enfin une trace de moi-même qui reste, quel prodige pour l’égo !

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La photo densifie les secondes sur le fil d’un certain angle. Elle choisi une seule zone du réel et l’érige comme vérité, aplatissant, aplatissant tout. La photo comme rouleau compresseur, ou comme synthétiseur de moments parcellaires. On parle de « photo souvenir », mais de quoi parle-t-on vraiment ? D’un micron de la réalité totale posé sur une surface plane, un micron à vocation manipulatoire, qu’on utilisera ensuite comme pierre d’achoppement de notre mémoire pour évoquer le reste de cet instant passé, reste qui s’effilochera avec le temps de toute façon, mais dont la porte d’entrée résidera dans cette photo…

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Je suis fascinée quand je me prends en photo, fascinée de voir à quel point la photo est impuissante à transcrire le réel. Fascinée de voir que la photo crée une dimension parallèle plane, pleine de portes.

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