Lorsque l’imbitable du sexe pénètre mon esprit, j’ouïe (note interdite au moins de 16 ans)

« Un condescendant m’habite. » 
David König

 

Mesdames et Messieurs, j’espère que vous allez bien et qu’aucun prélât ne se trouve dans la salle. Sortez vos fusains car ce jour est à marquer d’une croix noire dessinée sur une pierre blanche ; nous allons aujourd’hui aborder le frémissant sujet du sexe. Oui, je délaisse les considérations métaphysico-philosophiques de ma dernière note et vous accorde un temps de répit. Les petits-fours et autres déliciosetés sur les perspectives retournées seront à déguster une prochaine fois, promis.
Ah, le SEXE. Je vous sens en alerte, vibrants d’attente, arqués vers moi, la lippe humide, l’oeil ému. Le SEXE. Émoustillation. Déjà, je vois descendre en vous votre attention, vers le nombril, plus bas, encore plus bas, en plein sur le sensible pistil, narines en émoi, esprit tendu vers l’au-dehors. Ambiance, Maestro !
Pénis, bite, verge, queue, phallus, membre, vagin, chatte, vulve, moule (que de mots clefs Google qui vont valoir de jolies déconfitures aux touristes excités), que de mots — la liste n’est pas exhaustive — pour désigner les organes de reproduction féminins et masculins. Seuls les sexes bénéficient de ce traitement de charme. Les foies, pancréas, poumons et même les coeurs n’ont pas cette chance.  
Voyons mademoiselle, c’est incomparable ! Ce sont des organes internes !  
Exact. Pourtant les nezs (?), oreilles et autres bouches n’ont pas, eux non plus, autant de succès.
Si on tape « bouche » sur Google, le premier résultat est un lien Wikipédia où l’on définit ce qu’est une bouche, en deuxième position nous avons Bouches – Citations – EVENE, un annuaire de citations, et en troisième position, nous y voilà, Ejaculation dans la bouche, sur le Corps, etc… Youpi, de la bouche on passe au sexe ! Mais c’est une exception (une exception en troisième position du classement est une exception à succès), nous repartons ensuite dans l’anatomie. Le même test avec le mot oreille ne nous emmène que sur des sites où l’on parle de questions médicales.
Que se passe-t-il lorsqu’on tape « sexe » ? 
Je vous laisse déguster la liste des gros titres trouvés :
– « Sexe et film porno sur goziga.com »
– « SEXE – You Tube X – video pour adulte tous les jours »
« Sexe Gratuit sur MrSexe »
« Sexe Gratuit & Porno en Video ! »
« Sexe Adulte Gratuit : Porno et Sexy »
« Sexe gratuit sur requindusexe.com »
« Sexe XXX porno gratuit et videos de cul » (ha oui, j’avais oublié qu’un autre synonyme de « sexe » est « cul » — précieux indice pour nous aider à décrypter l’expression « coincé du cul« )
« Sexe Optimal – sexe gratuit & video porno »
« Sexe Mature Video » (citation de première ligne collector « J’ai ouvert ce blog avec un ami pour mettre en ligne les vidéos de sexe que je préfère sur internet. Elles me font vraiment mouiller la chatte. » Le centre d’intérêt principal de cette fille doit donc être le sexe, elle y pense souvent, en parle avec son ami, et va jusqu’à ouvrir un blog pour en parler. Soit c’est physiologique et la nature ne m’a pas doté des mêmes appétits que la demoiselle, soit c’est une question de centre d’intérêt — on pourrait dire que les vidéos qui me font « mouiller la chatte » au point d’ouvrir un blog pour les partager avec des inconnus sont des vidéos artistiques — soit je suis « coincée du cul« )
« Portaildusexe.com : Portail du sexe gratuit et de la video porno »
C’est du lourd. Adieu timides oreilles et facétieuses bouches ! Bienvenue au pays du Sexe. L’organe reproducteur, l’afflux de sang durcissant le membre, le clitoris endiablé, le gland érogène dans le vagin volcanique, la zone de plaisir, la peau qui pointe et l’échine frissonnante, s’enrichissent de nouveautés. Il suffit de regarder de plus près les titres pour dénicher les mots clefs typiquement associés au sexe : « film » « gratuit » « video ». 
Film et vidéos
En plus d’êtreune partie du corps, le sexe a enfanté bon nombre de films et de vidéos connaissant un succès phénoménal. On peut dire sans se tromper que le sexe est la partie du corps la plus starifiée au monde ! La renommée du reste du corps est moindre. En dehors du sexe — seule partie du corps, avec la bouche, à pouvoir procurer du plaisir à son possesseur — le reste du corps n’a pas tellement la côte. On magnifie certains corps bodybuildés imberbes masculins, et certains corps-dunes effilés de femmes, mais on ne retient de ces apparitions que leur apparence. Le pancréas de Miss France ne plairait pas à tout le monde s’il était exhibé,  et il ferait mieux de rester là où il est : caché, ou mieux encore : inexistant.
Gratuit
Très intéressant ! Pour attirer le client, le sexe se dit gratuit ! Quelle bonne affaire, du sexe GRATUIT ! Le sexe est célèbre au point de nous faire payer un droit entrée dans son univers. Votre sexe vaut de l’argent, « il » est un placement potentiel, nous sommes tous riches car nous possédons tous un sexe — excusez-moi si ces propos heurtent les rares exceptions. Dans notre société, sexe = fric. Je ne vous apprends rien en disant que l’univers du sexe à fric est assez malfaisant. L’argent créé par le sexe est poisseux. Il colle aux doigts. Il attire le gluant (hurlez défendeurs du sexe libre et lucratif, je vous attends !). Sans rentrer dans les détails car ce n’est pas le but de cette note, il est tout de même fou qu’une partie du corps donne naissance à une industrie aussi florissante. Toutes n’ont pas cette chance, si on peut parler de chance.
Toutes les parties du corps ne sont pas égales. 
J’en viens à un point important : en grossissant à ce point la renommée d’une zone physique (certes associée à toute sorte d’actions),  nous considérons le corps comme un amalgame de différentes zones à l’importance plus ou moins égale. Le corps devient un amas de gros plans, séparés les uns des autres. C’est effectivement le cas, mais il manque quelque chose à cette vision : LE LIANT.
En effet, un corps n’est pas un puzzle aux pièces éparses. Ce n’est pas non plus un moteur de voiture dont il suffit de changer une pièce lorsqu’elle tousse. Un corps est un circuit. L’estomac parle à la rate, qui parle à l’oeil, qui parle au cerveau, qui parle aux rein, qui parle au sexe, etc, et tous tiennent salon, intriqués les uns dans les autres (le cas de le dire). Un médicament prit pour soigner une mauvaise toux va rendre visite à une foule d’organes en plus de venir chez nos amis poumons. Un circuit. Logique. Et tout ça, principalement grâce au sang. Il n’existe, à ma connaissance, aucune partie du corps se distinguant par une absence de sang. (Ha si, les ongles. Et les dents. Et les cheveux.) 
Il me paraît assez absurde d’accorder un traitement de faveur aux parties sexuelles, et à toute autre partie d’ailleurs, car elles appartiennent à une chaîne. J’ai une vision holistique du corps.
Lorsqu’on parle de sexe, on parle par extension des pratiques sexuelles, et du plaisir. Pas des parties génitales. 
Je sais. 
Et pourtant, dès que l’on aborde, ne serait-ce que l’anatomie de cette zone — sujet ô combien frigidifiant — cette partie du corps a la faculté d’invoquer un important cortège de concepts « tabous or not tabous ». Cela est un bon indicateur de la place accordée à la poursuite du plaisir dans notre société…


Sur ces paroles, je vous souhaite de joyeuses parties de jambes en l’air. « Jouissez holistique !« . Ne manquez pas de célébrer votre corps total lorsque vous hurlez de plaisir ! Comme nous sommes tous connectés les uns aux autres par un indéfectible lien, nous sommes vous, je suis toi, vous êtes moi et toi et moi, nous profiterons tous de cette jouissance et vous remercierons secrètement. 
Merci d’être arrivé jusqu’ici. Nous mangerons des petits fours en ton/mon/notre honneur la prochaine fois, et si ce n’est toi, c’est donc ton frère.

Restons civilisés ; je vais modérer les commentaires de cette note pour éviter les pires intrusions. Pourtant, qui que vous soyez, je vous aime.

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