C’est donc ça que vous appelez un début ? Ça promet.

Mesdames et Messieurs, merci d’être venus (malédiction, ils sont venus, argh, damned, je suis cuite, aucun moyen de disparaître discrètement derrière le rideau du fond. J’écarlate.). Tout d’abord, merci. Oui, je sais, je l’ai déjà dit, mais il m’importe de le répéter avec emphase encore une fois, afin de l’alimenter de mes larmes de gratitude pour que son feu sacré brûle assez haut et réchauffe votre existence toute entière ! MERCI. Tenez, prenez-le, il est humide et je vous l’offre avec passion. Puisse-t-il sécher vos torrents intérieurs. Recueillons-nous pour célébrer, et écoutons ensemble l’ami Frédéric.
Bonjour Mademoiselle, excusez-moi mais pouvez-vous commencer rapidement vos simagrées ? Mon chat est seul à la maison et je ne voudrais pas le faire attendre trop longtemps.
Fichtre, une vieille fille qui n’a pas d’amant. Mais évidemment madame, vos désirs sont des ordres ! Il ne faudrait pas perdre votre temps et encore moins celui de votre chat, ce serait scandaleux. Aujourd’hui, outre mon cadeau brûlant, oh oui !, de début d’intervention — ambiance ici cliquez s’il vous plaît — je vous propose de simagrer autour d’une étrangeté typiquement japonaise : j’ai nommé UMEBOSHI ! Faites entrer la prune !

Qu’est-ce donc que cet étrange marron, qui semble mou et juteux ? Ne pas se méprendre sur la taille, surtout. UMEBOSHI est petite, pas plus grande qu’un très gros grain de raisin (une petite prune, quoi). Pour lire d’une source sûre la façon dont se fabrique umeboshi, rendez-vous ici (je ne vais quand même pas faire un copier-coller de ce très bon article).
Voilà, maintenant que vous avez parcouru l’article su-mentionné, vous en savez presque autant que moi. Presque. Voilà le clou, aïe, oui le voilà : le clou, c’est le goût ! (vive les slogans) Umeboshi sème la terreur au sein de la communauté-papille. Sous ses airs de prune, on la croit sucrée et doucereuse, mais c’est un leurre… Madame a développé un goût des plus singuliers, voir des plus dérangeant. Elle siffle tout en râpant sur le palais, douée d’une saveur fermentée acido-salée. Intense. La capricieuse se croise rarement au hasard des coins d’assiettes ; quand elle nous fait l’honneur de s’y montrer, autant se préparer à une petite apocalypse culinaire. Mon père en rapporte parfois de ses voyages japonais. Il (pense qu’il) sait y faire : avec ses baguettes il extirpe une belle umeboshi du tas, puis la pose, entière, sur sa langue, avant de refermer la bouche. Il suçote silencieusement la coquine jusqu’à la réduire à néant. Seul le noyau subsiste. Une dame Umeboshi par jour avec du riz — si mon père ne mange pas de riz, ce n’est pas une raison pour suivre son exemple — et la santé est au rendez-vous ! Il paraît. Oui, je me souci de votre fragile santé, mon corps et le vôtre ne font plus qu’un maintenant, nous sommes parmi nous, parmi moi. Prenez soin de vous, je ne voudrais pas qu’il t’arrive quelque chose. Umeboshi et oscillococcinum, hop ! Tout ça bio !
Mademoiselle, pensez-vous vraiment ce que vous dites ou est-ce une façon de tenter de vous rendre intéressante à nos yeux (embués par la beauté de vos nouvelles chaussures à talons, vous ne les aviez pas la dernière fois que nous nous sommes vus, vous faites incroyablement jeune, vous habitez chez vos parents ?, laissez-moi vous donner ma carte et vous inviter prendre un verre, rapidement, je suis producteur et votre physique m’intéresse, vous êtes comédienne ?, comment pourrais-je être certain de vous revoir ?)?
Bien entendu que je pense ce que je dis autant que je dis ce que je pense, et bien entendu que toutes ces simagrées sont une façon de me rendre intéressante à vos yeux, si ce n’est aux miens… Mon cher, vous devriez faire soigner ces questions-hameçons dans les paumes de caresses féminines, aussi Umeboshi soit-elle. (Oui, j’ai acheté de nouvelles chaussures à talons, je suis bien contente que vous l’ayez remarqué, c’était le but, mais gardez votre carte, votre verre et le charivari supplémentaire, je file voir Princecharmant, il m’a préparé un délicieux dîner.)
Vous êtes libre, merci de votre attention. À bientôt, je vous réinviterais. Vous reviendrez n’est-ce pas ? Je veux être sûre de vous revoir…
Qui que vous soyez, je vous aime.

5 Commentaires

  1. Evelyne
    12 juillet 2011 à 12:54 · Répondre

    Oh mais que voici un billet tout à fait de circonstance!
    Car pour faire les umeboshi, il faut suivre les saisons: on les fait mariner pendant la saison des pluies (littéralement « la pluie des prunes » en japonais), puis on les fait sécher au soleil pendant les trois jours beaux et secs qui suivent IMMANQUABLEMENT la fin de la saison des pluies.
    Or, voilà que ces fameux trois jours, c'est très précisément en ce moment!!
    Moi je ne les aime qu'au sel, et pas faites dans ces bains douceâtres et chimiques, comme on les trouve dans les magasins.

  2. 13 juillet 2011 à 12:19 · Répondre

    C'est un hasard total — sauf que le hasard n'existe pas, j'ai dû sentir les ondes consmiques, je vire cosmic-girl — et c'est vrai que ça tombe bien du coup. Merci pour les infos.
    Je n'ai goûté que les salées, je ne connais pas les douceâtres, mais je suis certaine que je les détesterais aussi…

  3. Anonymous
    13 juillet 2011 à 6:39 · Répondre

    Bon, j'ai plus Fcbk donc je me venge ici et c'est trés savoureux! Sacré bonhommette.

    http://www.deezer.com/fr/search/laurie+bill+evans

  4. Anonymous
    13 juillet 2011 à 6:39 · Répondre

    A ben zut j'ai pas signé:

    Youri

  5. 17 juillet 2011 à 3:12 · Répondre

    C'est agréable de te voir ici Youri ! Merci pour la musique et au plaisir de se recroiser dans des espaces réels et virtuels :)

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